Anciens combattants : la France face à une dette historique (Les Afriques)

Publié le par CENTRAFRIQUENLIGNE

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Sous l’écume des retrouvailles Franco-africaines, perdure le calvaire des anciens combattants. Ce  14 juillet spécial rétablira-t-il ces héros anonymes dans leurs droits  à l’égalité de traitements  comme ils le furent de fait face aux  canons allemands?

 

Les retrouvailles entre la France et ses anciennes colonies sont célébrées  aujourd’hui par un défilé militaire ouvert par 400 soldats venus de 13 pays  africains. Pour le président français, «la notion de pré carré a vécu », son pays ne se prétendant plus, ne voulant plus être le partenaire exclusif des colonies. Et de se faire le chantre de l’ouverture de l’Afrique vers d’autres horizons, ce qui a le don de plaire au Camerounais Paul Biya :«En ne prétendant pas à l’exclusivité , la relation entre la France et l’Afrique est assurée de résister à la usure du temps et à la banalisation »,déclare le doyen des chefs d’Etats africains.
Les anciens territoires africains de l’empire français ont reçu 1,5 milliard d’euros en 2008 sous forme d’aide publique au développement (une grande partie est constituée par des mesures d’annulation des dettes antérieures).


Anciens combattants : une discrimination qui remonte à 1959
Cette générosité n’est pas parvenue hélas à rétablir les anciens combattants africains dans leurs droits. Egaux hier devant les rafales allemandes, ces tirailleurs sénégalais courent encore aujourd’hui  derrière leurs droits à l’égalité des traitements. «Les anciens combattants et victimes de guerre ont le sentiment que leur ancien colonisateur a oublié ses promesses de Brazaville et d’Alger en 1944 à la veille du débarquement en Provence . L’ancien colonisateur a aussi oublié  les  principes de la réparation selon la loi de 1919 », explique le Colonel Dia Amadou Mamadou,  directeur de l’Office national  mauritanien des anciens combattants.  Et d’ajouter :«Après la guerre de libération d’Indochine et d’Algérie, le Général de Gaulle, à titre de reconnaissance des services rendus par les sujets français, a préféré voir leurs pays respectifs accéder à l’indépendance sans guerre. Ce choix n’a pas été partagé par les français qui ont légiféré la loi de 1959 dont les auto juridictions françaises qualifient de loi  discriminatoire basée sur la nationalité. Cette loi (n°59-1454 du 26 décembre 1959) stipule dans son article 71 qu’à compter du premier janvier 1961, les pensions, rentes ou allocations viagères imputées sur le budget de l’état ou établissements publics dont sont titulaires les nationalités des pays ou territoires (…)  sera remplacé par des indemnités annuelles en francs calculés sur la base des tarifs en vigueur. «L’inflation aidant, la France a donc  profité sur le dos des victimes pour conserver les 60% de leurs droits dans les caisses »
Ces dispositions sont dénoncées par toutes les grandes associations françaises des anciens combattants de l’armée française qui s’organisent pour défendre les intérêts de leurs anciens compagnons d’armes à travers la rédaction d’un livre blanc et des pressions au niveau parlementaire. 
Nouvelles suppressions de droits 
Loin de les écouter, l’Etat français opère une fuite en avant. Ainsi, de 1995 à 2001, une loi portant forclusion aggrave la situation des anciens tirailleurs. Les mécanismes de l’article 71 qui transforment les retraites et pensions en indemnités annuelles qui  ne représentent que 40% des droits acquis sous le drapeau français, suppriment les droits nouveaux (attribution de cartes et brevet du combattant ainsi que la reversion du droit aux veuves). 
Voilà de vrais problèmes dont le règlement sortirait la relation franco-africaine de cette impression de persistance coloniale qui oblige l’hôte des retrouvailles à des justifications périlleuses devant les médias et les opinions publiques française et africaine. Les anciens combattants souhaitent  que la France reconnaisse ses erreurs et décristallise la pension militaire et retraite pour le peu de temps qu’il leur reste à vivre. Un geste qui peut se faire, indique le Colonel Dia,  soit à travers la loi déposée à l’assemblée nationale, soutenue par des centaines de parlementaires français, soit en application de l’article 71-L3, par dérogation, renouvelable tous les 12 mois.

Publié dans AILLEURS EN AFRIQUE

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