Climat : les africains doivent-ils payer pour les pays industrialisés ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Ce samedi 11 décembre 2010, à quelques encablures seulement des plages paradisiaques de Cancun (Mexique), les représentants de près de 200 pays sont parvenus in extremis à une déclaration d’intention commune pour faire face au réchauffement climatique. Cet accord, intervenu quelques heures seulement avant la fin de la conférence, a notamment été permis grâce à l’assouplissement de la position des pays émergents dont le Brésil, la Russie ou bien encore la Chine. Un an après l’échec retentissant de la conférence de Copenhague, les participants sont cette fois parvenus à relancer le processus sur la lutte contre le réchauffement climatique, deux ans seulement avant l’expiration du protocole de Kyoto (qui fait actuellement référence en matière climatique sur le plan international). Cette déclaration, obtenue en grande partie grâce à l’obstination de la présidente mexicaine de la conférence, Patricia Espinosa, propose le relèvement des objectifs en matière de réduction des gaz à effets de serre ainsi que la création d’un fond vert doté de plus de cent milliards de dollars annuels.  Ce fameux fond vert, réclamé de longue date par les pays en voie de développement, permettra, s’il est effectivement créé, d’aider au financement des politiques « climats » des pays les plus pauvres. Par ailleurs, un accord-cadre a été également adopté par toutes les parties présentes  à Cancun pour aider les pays qui luttent contre la déforestation massive. Quoi qu’il en soit, toutes ces mesures ne sont encore qu’à l’état d’embryon et des solutions concrètes pour leur financement devront être trouvées lors de la prochaine conférence, dans un an, en Afrique du Sud.

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L'Afrique "n'est pas responsable" du réchauffement climatique

 

Cet accord, s’il est louable dans ses intentions, ne met pas moins en exergue un sérieux problème  de déontologie. La question que tout à chacun pourrait légitimement se poser est la suivante : les Etats les moins avancés sur le plan industriel, notamment les pays africains, doivent-ils renoncer à leur développement économique au profit de la lutte contre le réchauffement climatique ? Vu sous cet angle, ce serait tout à fait injustifié, voir inique. Depuis les débuts de la révolution industrielle au milieu du XIXème siècle, personne n’est venu s’opposer à l’industrialisation massive de l’Europe et des Etats-Unis au prétexte que cela mettrait en danger l’équilibre écologique de la planète. Et aujourd’hui, alors même que des grandes puissances polluantes comme les Etats-Unis n’ont pas encore ratifié le protocole de Kyoto, les pays développés demandent instamment aux PMA (Pays les Moins Avancés, dont la République Centrafricaine) de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de lutter activement contre la déforestation afin de sauver notre bonne vieille Terre. Considérant le fait que des Etats comme la République Centrafricaine n’ont même pas encore d’industrie lourde et que, par conséquent, ils ne sont responsables que pour une part négligeable du réchauffement climatique, il apparaît indu que les grandes puissances puissent vouloir obliger nos pays sous-industrialisés à mettre la charrue avant les bœufs.  Le Premier Ministre de la République Centrafricaine, S.E. le Professeur Faustin-Archange Touadéra, l’a rappelé à la tribune de Cancun en proclamant notamment que les pays les plus pollueurs devaient redoubler d’efforts avant d’exiger la contribution de pays déjà exsangues et qui ont d’autres priorités de développement.

 

Le fond vert : un outil de l'impérialisme occidental ?

 

Alors, certes, le sommet de Cancun a débouché sur la proposition de mise en place de ce fameux « fond vert ». Certes, les pays les plus riches se sont engagés à financer les efforts des nations les moins développées dans leur combat pour un monde plus propre. Néanmoins, il apparaîtra aux lecteurs les plus avertis que cette solution n’est en réalité qu’un artéfact de solution. Cette aide extérieure, et de façon plus générale l’aide au développement dans son entièreté, n’a jamais été et ne sera jamais gage de développement viable à long terme, surtout qu’elle induit le plus souvent une perte d’indépendance pour le pays bénéficiaire de l’aide, au moins sur le plan économique. Il est donc préférable que les dirigeants du Sud privilégient dans un premier temps la croissance industrielle de leurs nations et, quand celles-ci seront puissantes, s’intéressent alors à établir des politiques dites « vertes ». On a bien vu que l’obligation faite au Tchad de ne plus cuisiner au charbon de bois (utilisé dans la quasi-totalité des foyers) mais au gaz afin de lutter contre la déforestation n’a conduit qu’à un vaste mouvement de désobéissance civile dû à la hausse vertigineuse du prix du gaz. Le gouvernement d’Idriss Déby Itno a donc été obligé de reculer face à cette mesure irréaliste, élaborée sous pression de plusieurs ONG écologistes et de lobbies occidentaux. Il n’en reste pas moins que d’autres réformes du même type ne feraient qu’accroître les inégalités dans les pays en voie de développement et seraient un handicap pour leur croissance économique. En conclusion, nous nous permettrons d’affirmer qu’ il serait non dénué d’esprit que les Etats industrialisés du Nord cessent de mettre la planète en danger avant de faire preuve d’impérialisme écologique et d’incriminer des pays qui n’ont rien à voir avec le dérèglement climatique actuel.

 

Sara Pendere

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans EDITORIAL

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