Eclairage sur les Medias Centrafricains (La Plume-RCA)

Publié le par CENTRAFRIQUENLIGNE

Plusieurs journaux centrafricains sont directement opérationnels depuis l’ouverture au pluralisme politique en 1993, découlant du discours du président français, François Mitterrand à La Baule (France). Une nouvelle mission historique fut ainsi dévolue à la presse indépendante et privée de Centrafrique, à savoir promouvoir la démocratie naissante. 



Ainsi le gouvernement centrafricain, à travers le ministère de la Communication, encouragea la création de plusieurs titres aux noms évocateurs. Dès le départ, le regroupement de ces appellations disparates était indispensable pour animer et coordonner le réseau par des actions de tous ordre notamment par des rencontres, colloques, publications et interventions dans les grandes réunions ou mobilisations professionnelles internationales et nationales. 
Déjà plusieurs organisations professionnelles ont été constituées : le Haut Conseil de la Communication (HCC), l’Observatoire Centrafricain des Médias (OMCA), le Groupement des Editeurs de la Presse Privée Indépendante de Centrafrique (GEPPIC) et l’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA). Comme leurs homologues des autres pays du continent, ces institutions, entendent protéger la société contre les abus, manipulations, bidonnages , mensonges et campagnes d’intoxication, défendre l’information comme bien public, revendiquer le droit de savoir des citoyens et, aussi et surtout, protéger la profession elle-même. 
On dit souvent que «  l’enfer est pavé de bonnes intentions ». 
Depuis l’instauration de la démocratie en 1993, les journaux privés et indépendants, qui occupent le haut du pavé par le nombre de titres foisonnants (une soixantaine environ), ont arboré une réputation, d’abord d’indépendance réelle ou supposée telle vis-à-vis des pouvoirs, puis de chiens de garde vigilants de la liberté d’expression dans sa pluralité. Cette image est pourtant largement écornée par certains dérapages dus au manque de professionnalisme éprouvé. Le concert discordant auquel concourent à présent quotidiens, bi –hebdomadaires, hebdomadaires, mensuels et autres périodiques risque de dissiper la vieille illusion de publications d’avant-garde. 
L’essentiel du débat sur l’orientation politique des médias s’articule en Centrafrique autour de deux pôles : les journaux d’analyses et d’investigations servent souvent des thèses d’aiguillage de la jeune démocratie. Ceux d’informations générales sont au service des causes “progressistes “, avec des variations de sensationnel jugées inconcevables voire insipides. 
Pour réaliser que la plupart des journaux centrafricains sont ou non à la hauteur de leur tâche, mieux vaut apprécier le choix de leurs lecteurs. Si les lecteurs moyens de bonne foi y trouvent souvent leur compte, les plus cultivés savent que pleurnicher sur leurs fautes grammaticales et d’orthographe- sans oublier les incohérences et les lacunes des articles – ne servent souvent à rien pour faire évoluer la compréhension des textes. Parfois, ils les lisent pour leur argent et …les jettent… ! 
On peut concéder certaines lacunes à des néophytes mal formés. Mais, nous croyons que les lecteurs avertis connaissent les limites de certains rédacteurs. Il faut reconnaitre qu’avec l’aide financière et maternelle de certains organismes internationaux tels que le Bonuca à l’époque, aujourd’hui Binuca et l’Unicef principalement, il y a eu une multiplication de séminaires de recyclage à Bangui. Sans grand succès notoire ! .Il y a peut -être des excès de notre part quand nous critiquons les médias centrafricains, eux-mêmes confrontés à d’énormes difficultés. 
Observez n’importe quel entraîneur dans un match et vous verrez qu’il essaie toujours de faire pression sur l’arbitre afin qu’il concède à son équipe un peu plus qu’il n’est permis. 
Le problème du traitement des informations et de leur orientation politique suscite parfois quelques gémissements. Les médias ne cessent de glorifier les échecs des pouvoirs publics et d’appuyer les critiques de l’opposition mal éclairée sur certains sujets d’intérêt commun, leurs causes et leurs conséquences n’étant jamais clairement analysés. 
Les consommateurs d’informations s’en font souvent eux –mêmes leur opinion. Mais ces supports partisans, souvent peu fiables, ont aussi pour effet de modeler l’univers de l’ensemble de la presse ; ce qui leur confère un pouvoir illusoire et une influence n’excédant pas leur diffusion pourtant faible. 
La plupart des journalistes privilégient aussi pages politiques à la couverture des faits de société. Ils se montrent très engagés sur les analyses politiques, parfois de façon excessive, au détriment des rubriques économiques, sociales, culturelles, religieuses et scientifiques qui constituent d’ailleurs qui constituent d’ailleurs l’ossature même d’une publication digne de ce nom. Parfois, les reporters, non prévenus, ne vont même pas jusqu'au fond de leurs investigations superficielles. 
Une simple comparaison entre le traitement des informations des médias centrafricains démontre l’absurdité de telle lacune. 

Le 14 juin 2010 un quotidien titrait pompeusement à la «  une » : « le DG de la presse présidentielle remontre les bretelles à Prosper Ndouba » (photo à l’appui !) ». L’article n’est pas publié dans le même numéro ! L’information est jugée importante par le journaliste qui omet de l’expliquer. 
Même dans ce climat de su suspicion permanente, certains titres réussissent à se distinguer par des articles dignes d’intérêt.  « Nous sommes dans un pays analphabète à 65% .Qu’importe si les gens ne veulent pas nous lire » se défend un journaliste incriminé. Quelle absence grave d’esprit critique ! 
Dans le cas de textes officiels ou autres communiqués de presse, les journaux les reprennent intégralement sans commentaire, sans y changer une virgule. Que peu de gens en saisissent la portée, en dehors des journalistes eux- mêmes, importe à peine. 
Notre analyse critique, si banale soit-elle, risque néanmoins de déchainer l’indignation à moins que les morveux qui refusent de se moucher ne souhaitent être caressés que dans le sens du poil. 
Les médias centrafricains ne peuvent à eux seuls rendre la vie insupportable ou la RCA ingouvernable dans l’hypothèse où tous leurs pronostics n’aboutissent pas toujours pour l’emporter sur l’opinion publique. Mais ils peuvent légitimer des comportements peu démocratiques qui fausseraient la déontologie. On le voit souvent et les dérapages professionnels n’arrangent rien vraiment. 
Nous estimons pour notre part que le débat est engagé pour assainir le secteur des métiers en Centrafrique pour un exercice crédible de la profession. 

Publié dans ECHOS DE LA SOCIETE

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