Elections en RCA : plus qu'un mois pour dissiper les incertitudes

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Le premier tour des élections législatives et présidentielles en République Centrafricaine va-t-il se tenir le 23 janvier prochain (dans un mois jour pour jour), comme prévu initialement par le chronogramme électoral ? C'est la question, ô combien épineuse, qui tient en haleine le pays tout entier depuis plusieurs jours déjà... Au vue de la lente avancée du processus électoral, notamment dans la confection des listes d'électeurs, la date du 23 janvier apparaît à d'aucun comme des plus utopiques. Pourtant, l'heure ne devrait pas être à la résignation, au défaitisme le plus honteux. Le recensement électoral n'a-t-il pas été mené à bien dans les temps, malgré tous les fossoyeurs qui s'ingéniaient à lui préparer de lugubres funérailles ? Pourquoi alors en serait-il autrement en ce qui concerne la confection des listes électorales ? Cela ne se peut. Car, après trois reports successifs, il est impératif que cette date du 23 janvier soit respecté ou, dans le pire des cas, que le premier tour des élections ne soit reporté que d'une à deux semaines, guère plus. Le peuple centrafricain semble être las des machinations électoralistes (qui ont eu cours, faut-il le rappeler, à l'occasion du dépôt des candidatures) et des atermoiements de certains membres de la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui rechignent à mettre tout en oeuvre pour permettre la tenue des élections dans les délais fixés par le chronogramme électoral. Le gouvernement a adopté la même attitude, en ne cessant de proclamer à tout-va sa volonté d'en finir avec le vide constitutionnel et d'élire un nouveau président le plus rapidement possible.

 

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Cette détermination toute entière de la nation à en finir avec ce processus électoral, qui détourne l'action du gouvernement de ses objectifs économiques et sociaux, peut expliquer les événements du 22 et 23 décembre dernier. A un mois des élections, S.E. Le Président François Bozizé Yangouvonda a constaté avec le Président de la CEI, Joseph Binguimalé, que nombre de membres d'une CEI « gloutonne » mettaient plus d'énergie à réclamer leurs indemnités qu'à achever la confection des listes électorales. Même l'embauche de 150 vacataires chargés de remplir les listes d'émargement n'avait pas permis de rattraper le retard pris depuis la fin du recensement électoral en octobre dernier. Après avoir consulté les membres les plus influents de son gouvernement, le Président de la République a décidé de remettre la CEI au travail, fidèle à sa devise du « Kwa na Kwa » (le travail, rien que le travail en langue nationale sango). Dans la soirée du 22 décembre, il a donc chargé le Lieutenant Steve Yambété, directeur de la sécurité de la CEI, d'empêcher les commissaires de la CEI de rentrer dans leurs foyers pour qu'ils soient obligés de boucler les listes électorales avant la tenue des fêtes de fin d'année. Ces mêmes commissaires ont donc passé une nuit blanche au siège de la CEI, sous la bonne garde des militaires, à remplir sans relâche les listes d'émargement. Il nous faut ici porter à l'attention de nos lecteurs que les militaires détachés à la sécurité de la CEI ne sont nullement introduits dans les bureaux de la Commission, se contentant uniquement d'obstruer les issues du bâtiment. Cette assertion ne saura faire autrement que de dissiper les suspicions de fraude électorale, si prompte à exhaler de la bouche de personnes politiquement mal-intentionnées.

 

Cette intervention de l'armée nationale, que beaucoup de « droits-de-l'hommistes » occidentaux pourraient assimiler à un coup de force, n'est en fait qu'une action salvatrice destinée à garantir la bonne marche de la nation. Le Ministre en charge du Développement Rural et de l'Agriculture, par ailleurs Porte-Parole du Gouvernement, l'a affirmé au micro de la radio nationale : « C’est parce qu’on voudrait que tous les commissaires restent là, sur place, pour terminer cette opération cruciale. Si cette opération ne réussit pas, on risque de ne pas aller aux élections le 23 janvier 2011. Il faut qu’ils travaillent pour mériter les indemnités. Et les personnes seront libérées que lorsque le travail sera fini. Notre pays a un slogan c'est : ‘Le travail, rien que le travail’. Il faut que les gens travaillent».  Enfin, espérons tout ingénument que cette arrivée impromptue des FACA au siège de la CEI aura fait comprendre à ses membres l'importance de leur tâche et qu'ils n'auront pas besoin d'une seconde nuit blanche pour mener à bien leur sacerdoce, vital pour l'avenir de la République Centrafricaine. Personne, surtout pas un commissaire électoral, ne doit oublier que l'intérêt de la patrie ne saurait se placer au-dessous de considérations personnelles. Les commissaires de la CEI ont un mois pour dissiper les incertitudes à ce propos...

 

JONAS ABBO TSHIPOPO

 

REDACTION CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Publié dans EDITORIAL

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