Emile Gros Nakombo : l'héritier de Grand K ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Jusqu'au 23 janvier prochain, nous vous présenterons un à un les cinq candidats encore en lice pour le premier tour des présidentielles en République Centrafricaine...

 

C'est un homme de l'ombre que rien ne prédestinait à devenir candidat à une élection présidentielle. Le fameux candidat inconnu sur lequel la direction du RDC (Rassemblement Démocratique Centrafricain, parti de feu André Kolingba) a tout misé. Il faut dire qu'il y a six mois, personne n'imaginait que ce député du Sasso-Nakombo serait investi par le RDC . En effet, à cette époque, le RDC s'est retrouvé pris en deux feux : d'un côté, la tentation d'alliance avec le KNK (Kwa na Kwa, le travail, rien que le travail en langue nationale sango) de François Bozizé, de l'autre, l'idée de former une candidature unique de l'opposition avec pour chef de file, Martin Ziguélé. La tentative de rapprochement avec le KNK opéré par le chef de la jeunesse du RDC, David Gbéti, n'a pas permis la fusion de ces deux grands partis, même s'il a amputé le RDC d'une partie de ses adhérents. Visiblement, les dissensions avec le MLPC (Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain) étaient trop grandes et les cicatrices de l'ère Patassé encore trop visibles pour former une union entre le MLPC et le RDC. Ce dernier a donc décidé de faire cavalier seul en désignant un candidat pour le moins atypique dans le paysage politique centrafricain.

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Car revenons sur le parcours d'Emile Gros Nakombo. Premier point d'importance, il n'est pas issu de l'ethnie yakoma comme la quasi-totalité des cadres du RDC durant la présidence Kolingba. C'est un baya, né à Berbérati en 1956 et qui dispose d'un ancrage solide dans l'ouest de la République Centrafricaine ainsi qu'au Cameroun. Titulaire d'un doctorat en marketing et management obtenu dans la Roumanie dictatoriale de Ceausescu au début des années 70, il est nommé dès son retour au pays par André Kolingba DG-adjoint de la BPMC (Banque Populaire Marocco-Centrafricaine). Après l'élection à la tête du pays d'Ange-Félix Patassé, il crée plusieurs sociétés d'exploitation du tabac à la fois au Cameroun et en République Centrafricaine. Il devient député en 1998 pour ne plus jamais abandonner son poste. Fait nouveau, pour ces élections, il a délaissé sa circonscription habituelle pour briguer le mandat à la députation dans la circonscription de Bérbérati I, où un choc des titans s'annonce entre Sylvain Ndoutingaï (Ministre d'Etat aux Mines et directeur de campagne de François Bozizé), Ange-Félix Patassé et lui-même. Il est par ailleurs le seul candidat à l'élection présidentielle à n'avoir pas occupé de fonctions ministérielles.

 

Malgré leur différence tribale, Emile Gros Nakombo inscrit clairement son programme en filiation avec celui d'André Kolingba et de sa longue présidence (1981-1993). Dans les multiples interviews qu'il accorde aux médias locaux et internationaux, il qualifie la République Centrafricaine de Kolingba d'âge d'or de la liberté et du développement économique, âge d'or auquel succéda l'obscurantisme de ses successeurs. Attribuant l'émergence de la démocratie en République Centrafricaine au Grand K (surnom de feu Kolingba), la candidat Nakombo semble oublier un peu vite que la vague de démocratisation en Afrique a été un mouvement relativement uniforme et imposé en partie par François Mitterrand en compensation de la poursuite des aides financières accordées par la France à ses anciennes colonies. De plus, les centrafricains, lassés par les dérives du régime, éliminèrent dès le premier tour le candidat Kolingba aux élections présidentielles de 1993, ce qui démontre bien les limites réformatrices du démiurge du RDC. Pour revenir au programme de l'Honorable Nakombo, il peut se résumer ainsi : paix (achèvement du DDR), promotion de la compétence dans les administrations publiques (« l'Homme qu'il faut à la place qu'il faut ») et surtout décentralisation. Malgré toutes ces louables intentions, il est fort peu probable que le candidat du RDC franchisse la cap du 1er tour. Au deuxième tour, le choix de reporter ses voix, soit sur Bozizé, soit sur Ziguélé, serait alors cornélien et, divisé à sa base, tel l'âne de Buridan, le RDC pourrait pâtir de son indécision. Si deuxième tour il y a...

 

 

 

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