EXCLUSIF : Interview d'Emilie Béatrice EPAYE, Ministre du Commerce et de l'Industrie

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

"Effectivement, la RCA a beaucoup de potentiel (...),  mais maintenant il nous faut l'exploiter." E.B. EPAYE

 

En exclusivité, nous avons recueillis les confidences de S.E. Madame Emilie Béatrice EPAYE, Ministre du Commerce et de l’Industrie de la République Centrafricaine, à la suite de la réunion qui s’est tenue entre des membres du gouvernement centrafricains et les grands patrons français, il y a un peu plus d’une semaine, à Paris. Femme d’action et de convictions, députée de Markounda dans la préfecture de l’Ouham, elle occupe le poste de Ministre du Commerce et de l’Industrie depuis de nombreuses années déjà. Par ailleurs, Madame Epaye est l’actuelle dirigeante de la fondation « La Voix du Cœur », ONG à but humanitaire qu’elle a cofondée en 1994 et qui vient en aide aux enfants des rues, en leur permettant de se réinsérer dans la société centrafricaine.

 

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Centrafrique En Ligne (C.E.L) : Madame le Ministre, bonjour.

 

Emilie Béatrice Epaye (E.B.E) : Bonjour.

 

C.E.L : Excellence, vous avez récemment participé à Paris à une réunion entre des représentants du gouvernement centrafricain (dont le Président de la République) et le MEDEF, le syndicat des grands patrons français. Ce colloque avait pour objectif premier d'inciter les multinationales françaises à investir en RCA. Peut-on raisonnablement parler de réussite en ce qui concerne cette réunion ?

E.B.E : De mon point de vue c’est une réussite totale compte tenu du niveau des débats, qui furent fructueux, et de la présence de grandes entreprises françaises, de grandes multinationales, leaders dans leur secteur respectif au niveau international. Les entrepreneurs français ont été très attentifs à nos efforts pour démontrer les possibilités d’investissement en RCA et les déclarations d’intention seront sans doute suivies de faits. C’est trop tôt pour faire un bilan, mais néanmoins l’un des objectifs de notre rencontre avec le MEDEF c’est de renforcer les liens commerciaux entre la France et la République Centrafricaine afin de permettre de consolider la présence des entreprises françaises dans notre pays, qui est assez minime par rapport aux autres pays d’Afrique subsaharienne. Espérons en tout cas que notre travail de « séduction » aura payé…

 

C.E.L : Quel fut l'apport du Ministère du Commerce et de l’Industrie que vous dirigez dans la préparation de cette réunion ?

E.B.E : Le Ministère du Commerce et de l’Industrie a été instruit par le Président Bozizé de la préparation de cette grande réunion. J’ai nommé derechef un point focal en la personne de Monsieur Dieudonné Ouéfio qui a travaillé en collaboration étroite avec la Direction Internationale du MEDEF. Pour ma part, j’ai accordé des audiences aux différentes filiales des entreprises françaises installées en Centrafrique pour mieux comprendre leurs attentes et de ce fait, préparer de façon optimale la rencontre de Paris. Profitant de l’opportunité qui se présentait à nous lors du voyage du Chef de l’Etat à Montreux pour le sommet de la Francophonie, nous avons décidé en accord avec le MEDEF de fixer une date pour cette réunion ô combien importante pour l’avenir de la nation.

 

C.E.L : Que fait le gouvernement de la République Centrafricaine pour inciter les entreprises françaises, et plus généralement étrangères, à venir investir dans notre pays ?

E.B.E : Le but primordial de la rencontre, c’est non seulement de rassurer les entreprises françaises qui sont déjà présentes en Centrafrique mais surtout d’en inviter d’autres à venir investir. Il n’y pas que les entreprises français qui sont conviées à venir, bien sûr… Dans ses déclarations liminaires, le Président de la République a insisté sur les opportunités d’affaires offertes par le pays, il a cité entre autres : les ressources naturelles, le secteur agro-pastoral et la transformation, le secteur forestier et les infrastructures économiques de base. Effectivement la RCA a beaucoup de potentiel en termes de ressources naturelles, mais maintenant il nous faut l'exploiter. Pour inciter les investisseurs étrangers à venir investir dans notre pays, nous avons fait beaucoup de réformes d’envergure. Je peux citer pour exemple la mise en place d’un guichet unique de formalités de création des entreprises, l’organisation des élections à la chambre de commerce, la relecture de la charte des investissements, l’élaboration d’un code de commerce. La mise en œuvre du programme cadre intégré renforcé et le cadre de concertation public/privé ont permis le développement de nombreux secteurs de notre économie en toute harmonie. Compte tenu de notre classement relativement décevant au Doing Business, nous avons mis en place un comité mixte chargé de l’environnement des affaires avec l’implication du secteur privé qui travaille sur différents indicateurs et qui propose les réformes, comme la mise en conformité de nos textes avec ceux de l’OHADA (organisation africaine pour l’harmonisation du droit des affaires) ou le renforcement de la crédibilité du Tribunal du Commerce avec l'élection de juges consulaires. Beaucoup de progrès ont été accomplis dans ce sens. Au sein de mon ministère, nous avons aussi mis l’accent avec mes collaborateurs  sur la promotion du savoir, la formation de nos cadres par des cours en ligne de l’OMC et leurs participations à plusieurs séminaires car il faut investir sur les compétences et avoir les hommes prêts pour participer au développement économique de notre pays.

 

C.E.L : Quels sont les produits centrafricains qui sont aujourd’hui valorisés à l’exportation à l’international ? La République Centrafricaine compte-elle diversifier ses productions dans les années à venir ?

E.B.E : Les produits centrafricains qui sont aujourd’hui valorisés sont le diamant, l’or, le bois, le coton, le café, le sésame,  et les produits d’élevage. Nous exportons chaque année de plus en plus de ces produits mais dans les mois à venir nous ne comptons pas en rester là, tant dans le développement d’industries pour assurer notre subsistance que pour y produire des richesses exportables à l’étranger. Nous avons le projet de diversifier nos atouts en y rajoutant l’uranium, le pétrole qu’on peut trouver au nord, le fer, le ciment, l’électricité que nous pourrons vendre à nos voisins mais aussi des produits agricoles comme le maïs, le piment langue de feu, le riz ect… La République Centrafricaine doit redevenir une grande terre d’agriculture et assurer rapidement son autosuffisance alimentaire.

 

C.E.L. : La situation sécuritaire est pour le peu préoccupante dans certaines régions de la République Centrafricaine et notamment dans la préfecture du Haut-Mbomou, dont vous êtes Ministre Résident, menacée régulièrement par les mercenaires de la LRA. Quelles solutions préconisez-vous pour éradiquer définitivement ce fléau du territoire centrafricain ?

E.B.E : Pour éradiquer ce fléau, nous comptons sur toutes les bonnes volontés, notamment celle de la communauté internationale et de nos voisins. La LRA est devenu un problème sous-régional, et pas uniquement centrafricain. Il serait bon que ceux qui veulent bien nous aider puissent soutenir nos forces armées en termes de formation et de soutien logistique afin de mieux combattre la rébellion. Mais nous ne devons pas en rester à la vision strictement militaire du problème : nous devons développer ces régions affectées par la LRA en mettant en place ou en réhabilitant les infrastructures afin de protéger les civils et  les inciter à avoir en confiance en l’Etat. Nous devons également assurer avec les humanitaires une aide alimentaire aux populations touchées par ce conflit afin que les enfants de ces régions ne souffrent pas de la famine. Quoi qu’il en soit, il faut faire vite car il y a beaucoup d’échéances importantes qui nécessitent de la stabilité pour être menées à bien : les élections chez nous et en Ouganda, le référendum au Sud-Soudan ; d'autant plus que la MINURCAT ne sera plus là. Nous devons donc trouver tous ensemble des solutions crédibles pour que la LRA n’existe plus d’ici quelques mois.

 

C.E.L : Madame le Ministre, je vous remercie.

 

E.B.E : C’est moi qui vous remercie.

 

Propos recueillis le 5 novembre 2010 par la rédaction de Centrafriquenligne.com

Publié dans INTERVIEWS-COMMUNIQUES

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