François Bozizé : un second mandat pour l'Homme du 15 mars ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Il est sans conteste le grandissime favori de l'élection présidentielle dont le premier tour va se dérouler demain, le dimanche 23 janvier 2011. A 64 ans, le Général d'Armée François Bozizé Yangouvonda va se lancer dans la conquête d'un second mandat, cinq ans après sa première victoire aux présidentielles face à Martin Ziguélé. Pour se faire, il dispose d'une machine électorale impressionnante toute dévouée à sa candidature. Preuve en est le dernier meeting de campagne qu'il a tenu hier au Stade 20 000 places, en présence de dizaines de milliers de ses supporters en délire. Une marée orange (aux couleurs du KNK, le parti qu'il a fondé) a littéralement fondu sur Bangui ces derniers jours, rendant quasiment invisibles les autres candidats aux moyens certes beaucoup plus modestes. Il faut dire que peu à peu, le Président Bozizé a su conquérir le coeur des centrafricaines et des centrafricains en prenant les bonnes décisions ayant permis de reconstruire la République Centrafricaine. Pourtant, au commencement, tout laissait présager de mauvais augures pour ce grand pays d'Afrique Centrale.

 

Quand, le 15 mars 2003, le Général Bozizé rentre en libérateur à Bangui, le pays est en ruines. Ange-Félix Patassé chassé du pouvoir, les nouveaux maîtres de la RCA se rendent compte que le territoire national est engoncé dans un chaos sans nom et qu'un travail titanesque se trouve devant eux. Depuis deux ans et la tentative de Coup d'Etat du 28 mai 2001, « le Barbu National » s'était enfermé dans une tour d'ivoire, où il donnait libre cours à sa paranoïa et à des colères démentielles, ne se préoccupant plus du bonheur des populations qu'il gouverne. C'est donc dans un climat de suspicion qu'en 2001, le Général de Division Bozizé, alors Chef d'Etat-Major des FACA (Forces Armées Centrafricaines), fuit le pays sous la protection de ses fidèles soldats. Un après, il prend la tête de la résistance nationale dans la région reculée de Moyenne-Sido (préfecture de l'Ouham, à la frontière avec le Tchad) et triomphe finalement de la tyrannie de Patassé avec l'aide de pays amis. Lorsqu'il entre enfin au Palais de la Renaissance, François Bozizé sait que sa tâche sera immense.

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Et, sans montrer trop de subjectivité dans notre analyse, nous pouvons affirmer sans ambages que le personnage fut à la hauteur de l'incommensurable défi qui se présentait à lui en 2003. Déjà, et ce pour la première fois depuis Barthélémy Boganda, le Président Bozizé, aidé de conseillers comme Jean-Eudes Téya ou Michel Koyt, a su bâtir une idéologie nouvelle qui transcendait les intérêts égoïstes et les prises de position opportunistes : le Kwa na Kwa (le travail, rien que le travail en langue nationale sango), d'abord Convergence travailliste puis parti politique dès 2009. Plus encore, le bilan de François Bozizé est des plus flatteurs lorsqu'on regarde l'état de délabrement dans lequel se trouvait le pays en 2003 : réalisation du Dialogue Politique Inclusif (DPI) en décembre 2008 qui conduisit à la formation d'un gouvernement d'union nationale, normalisation des relations avec tous les pays de la CEMAC et la communauté internationale, réalisation d'une grande partie de la Réforme des Secteurs de la Sécurité (RSS) qui a conduit à une professionnalisation de l'armée centrafricaine, atteinte en juillet 2009 du point d'achèvement de l'initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) permettant une annulation quasi-totale de la dette centrafricaine, salaires payés sans retard aux fonctionnaires, achèvement du processus DDR dans le nord-ouest du pays, embellissement de Bangui, restructuration et privatisation de nombre d'entreprises nationales en perte de vitesse jusqu'alors, mise sur pied d'une charte des investissements afin d'augmenter sensiblement les IDE (investissements directs de l'étranger), création d'un Haut Comité chargé de la Décentralisation afin que Bangui ne soit pas la seule vitrine de la République Centrafricaine, augmentation considérable du trafic aérien sur l'aéroport de Bangui M'Poko....  Pourtant, jusqu'au début des années 2000, rien ne prédestinait François Bozizé à occuper de si hautes fonctions et à réaliser tant de choses pour son pays.

 

Né en 1946 au Gabon d'un père gendarme de l'ethnie gbaya, formé à la prestigieuse ESFOA (Ecole Supérieure de Formation des Officiers d'Active) du temps de Bokassa, fidèle aide-camp de l'Empereur pendant ses dernières années de règne, François Bozizé devient Ministre de la Défense de David Dacko, puis à la chute de celui-ci, Ministre de l'Information du Général André Kolingba. Pourtant, un an après la prise du pouvoir de Kolingba, en 1982 François Bozizé, supportant mal la tutelle étrangère imposée par la France (et par le Colonel Mansion, le « Proconsul de Bangui »), il tente un Coup d'Etat qui échoue et doit fuir le pays, se réfugiant au Bénin. Arrêté là-bas par Matthieu Kérékou puis extradé, il sera inlassablement torturé jusqu'à sa libération en 1991, date de son départ pour la France. Revenu en 1993, il compte bien profiter du processus de démocratisation de la République Centrafricaine en se présentant à l'élection présidentielle, mais il ne parvient même pas à récolter un pour cent des suffrages exprimés. Déçu par la tournure que prend sa carrière politique, il se concentre alors sur sa progression militaire et gravit un à un tous les échelons de la hiérarchie des FACA pour se retrouver Chef d'Etat-Major des Armées en 1999. Ce sera la dernière marche avant la disgrâce puis le retour en triomphateur dans le pays qu'il a tant servi.

 

Durant sa présidence, François Bozizé s'est considérablement assagi. Devenu homme de dialogue et de consensus, il n'hésite pas à mettre en avant des valeurs fondées sur l'amour du prochain et sur le refus de la violence outrancière. Privilégiant l'apaisement à l'application stricte de la loi martiale, il n'a pas hésité à mettre en place avec l'aide de la communauté internationale le processus DDR (Désarmement – Démobilisation – Réinsertion) permettant aux anciens rebelles de retrouver leur place dans la société civile. Avec obstination, il a conduit le pays vers des élections que tous espèrent libres et démocratiques. Le Président de la RCA a également mis fin à la stigmatisation ethnique qui avait cours sous les précédents régimes et a promu l'égalité des chances entre chaque citoyen. Pourtant, il reste beaucoup à faire. Des mercenaires sans foi ni loi sévissent encore à l'Est et au Nord du pays. La santé économique de la République Centrafricaine reste relativement fragile et un rien semble pouvoir venir tout bouleverser. Alors, il faut donner du temps à François Bozizé : du temps pour mener à bien ses réformes, du temps pour achever de pacifier le territoire national. Les autres candidats ont eu leur chance, chacun a occupé de grandes responsabilités gouvernementales, et ils n'ont rien accompli, ou presque. Soyons pragmatiques : le temps des grands discours dithyrambiques et du populisme mielleux doit céder sa place à l'action. Une devise, une seule, doit primer, et ce dès le premier tour des élections : Kwa na Kwa, le travail, rien que le travail.

 

Robert Wali

Rédaction Centrafrique En Ligne

 

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