Guinée : en attendant le deuxième tour

Publié le par CENTRAFRIQUENLIGNE


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Les Guinéens, même s’ils sont moins euphoriques que lors du premier tour présidentiel du 27 juin dernier qui les a occupés pendant 30 jours, continuent de croire que l’avenir du peuple se joue au terme du derby qui opposera les deux challengers. Zoom.

PAR ISMAEL AIDARA, ENVOYÉ SPÉCIAL À CONAKRY (Source : Les afriques)

A Conakry, les populations vaquent à leurs occupations et le business tenu par les seigneurs de l’informel coule à flots. On est loin des images si fortes de l’ambiance des grands jours de campagne. Vrombissements et coups de klaxons des 4-4, pick-up, laguna, camions de sonorisations, ont sillonné les villes et villages les plus reculés du pays. Sur les murs et les grandes artères de Conakry, d’imposantes effigies des leaders politiques sont encore collées et rappellent un air de campagne aux allures d’une démonstration de force. Les Guinéens dans leur majorité écrasante se sont bien appropriés cette présidentielle, un des tournants majeurs de la vie nationale depuis l’avènement de la première république sous Ahmed Sékou Touré. Urbi orbi, quelques uns parmi les 24 candidats en lice n’ont pas lésiné sur l’armada logistique et financière. Un véritable nerf de guerre qui a permis de booster la machine politique grippée depuis chez certains partis politiques et de requinquer les militants, pris dans le tourbillon. Plusieurs dizaines de milliards FG ont été injectés dans cette course présidentielle guinéenne. D’un côté, il y a ce que l’on appelle le camp des leaders nantis, de l’autre, les moins nantis.

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Le candidat de l’UFR, Sidya Touré, golden boy de l’échiquier politique guinéen , a souvent voyagé en jet privé pour battre campagne, de même que Lansana Kouyaté, ex-premier ministre de Conté, qui avait dit-on la «gâchette » facile. Le milliardaire Mamadou Sylla, « Monsieur Patronat » très bien connecté au palais de Conakry avant l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, n’y est pas allé de mains mortes pour convaincre les électeurs à travers son célèbre slogan « votez pour moi, je vous donne une million » qui continue d’animer la galerie à Conakry. Un autre candidat à la course présidentielle, Kassory Fofana, alias Donkass, ex –argentier du pays, qui a connu des heures de lustre sous l’ère Conté, avait à sa disposition un hélicoptère pour survoler le ciel de la capitale. Pour attirer l’attention sur lui, il larguait à terre des jets de maillots drapés de son effigie.

Le candidat de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, sponsorisé par un groupe d’hommes d’affaires peulhs dont le chef de file est Sadakadji n’a pas lésiné sur les moyens. Au point de payer des communicants attitrés pour vendre son image. Son adversaire, Alpha Condé aurait fait jouer ses réseaux à l’étranger qui ont cassé la tirelire pour être à la hauteur de ses ambitions présidentielles. Le reste du lot, moins nanti ont préféré se consoler soit avec des repas en groupes ou des séances de prières dans les lieux de culte. La grande révélation de cette élection demeure incontestablement Pape Koly Kourouma (4%) qui ouvre la troisième voie ; celle de la refondation politique après les derniers Mohicans de l’échiquier politique guinéen.

Conformément à la loi, la Cour suprême, après avoir longuement examiné les recours des partis politiques, suite à la publication officielle des résultats du premier tour présidentiel le 3 juillet dernier par la CENI, va se prononcer finalement ce mardi 20 juillet et fixer la date du second tour censé se tenir le dimanche 1er août 2010.Toutefois, au regard des reports consécutifs liés aux dysfonctionnements constatés au niveau de la CENI, bon nombre d’observateurs avertis estiment que l’élection présidentielle du deuxième tour risque d’en être affectée.

Selon des informations rapportées à Les Afriques, le président de la CENI, décrié par une frange importante des forces politiques, séjourne toujours à Paris pour raisons médicales. Ce dernier avait quitté la capitale guinéenne, juste au lendemain de la proclamation des résultats. La position de la Cour suprême très attendue à Conakry édifiera les principaux camps en lice sur le calendrier de la campagne et la date officielle du scrutin.

Publié dans AILLEURS EN AFRIQUE

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