Historique : création d'une ligne de chemin de fer entre la RCA et le Soudan !

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Avant-hier, une délégation de l'administration publique centrafricaine dirigée par le Ministre de l'Education, Ambroise Zawa, a signé un accord de coopération économique avec le gouvernement soudanais. Cet accord prévoit, entre autres, la construction d'une ligne de chemin de fer entre Nyala (ouest du Soudan, province du Darfour méridional) et Birao (nord-est de la RCA, préfecture de la Vakaga). Et il était temps... Car, à l’heure actuelle, le Soudan et la RCA ont très peu d’échanges commerciaux, si ce n’est un commerce transfrontalier de bétail et de produits de première nécessité. Il n’existe plus de liaisons aériennes directes entre Bangui et Khartoum et les liaisons avec correspondance sont longues et coûteuses (exemple : Tripoli par Afriquiyah Airways). Le transport par la route est interminable et peut se révéler dangereux. En conséquence, peu de personnes se risquent à emprunter cette voie, surtout depuis le raidissement des relations entre le Soudan et la RCA en 2006. Pourtant, le Soudan est un pays à forte potentialité commerciale et développer nos partenariats commerciaux avec ce géant d’Afrique serait un formidable atout pour la RCA.

Surtout que pour notre pays, la balance commerciale est fortement négative et le niveau des exportations bien en-dessous de ses potentialités réelles. Durant toute la décennie 90 et le début des années 2000, les exportations de la République Centrafricaine ont fortement baissé, notamment en termes de matières premières. Pour exemple, en 2006, la République Centrafricaine exportait pour 160 millions de FCFA de produits vers le Cameroun, alors qu'il importait de la même destination pour 3 768 millions de richesses, soit plus de vingt fois. Depuis lors, la situation ne s'est guère améliorée, ni avec le Cameroun ni avec les autres partenaires commerciaux, et il convient de redynamiser les potentialités économiques de la République Centrafricaine pour en faire un véritable carrefour des échanges en Afrique Centrale. Cette redynamisation passe notamment par la construction d'infrastructures viables pour transporter les produits à travers ce vaste territoire de 630.000 km2 qu'est la République Centrafricaine vers ses voisins.

Cet accord pour la construction de la ligne de chemin de fer peut être qualifié d'historique, car il ouvre indubitablement de nouvelles perspectives de développement pour les deux pays concernés.  Si, dans le projet initial, le chemin de fer s'arrêtera à Birao, à terme, il ne devra pas en rester là. Il faudra que le gouvernement centrafricain mette en oeuvre une politique ferme pour continuer la ligne jusqu'à notre capitale, Bangui. Ainsi, l'ensemble des populations de la République Centrafricaine pourront bénéficier de nombreux avantages économiques, que nous allons nous permettre de rappeler aux plus sceptiques ci-dessous.

 

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 Si nous avons développé depuis plusieurs décennies maintenant des échanges commerciaux constants et importants avec le Cameroun, il n’en va pas de même avec le Soudan. Ce dernier,  outre son potentiel agricole et ses hydrocarbures, a développé des liens commerciaux conséquents avec les pays du Golfe et le sous-continent indien qui lui fournissent quantité de produits qui ne sont actuellement pas produits dans la plupart des pays africains (multimédia, électroménager, matériel médical, médicaments génériques, voitures, machines industrielles…). Ces articles transitent notamment par Khartoum avant d’arriver au port sec de Nyala par le rail, d’où les entrepreneurs les vendent dans toute la région du Darfour (qui n’est pas seulement une région du Soudan ravagée par les conflits mais aussi un véritable bassin économique et une zone de chalandise très importante), et même à l’est du Tchad. Par ailleurs, il conviendrait d’ajouter que certains de ses produits nécessitant une technologie avancée sont fabriqués directement au Soudan. La création d’une ligne ferroviaire entre Nyala et Bangui passant par Birao permettrait donc de :

  • Sortir de la dépendance liée aux importations partant d’Europe ou de Chine et qui transitent par le port de Douala au Cameroun et s’orienter vers le Soudan, l’Egypte, l’espace méditerranéen, le Proche et le Moyen-Orient (notamment les pays du Golfe) ainsi que le sous-continent indien. Cette voie ferrée serait aussi une voie plus rapide pour les produits provenant de Chine, du Japon et des quatre dragons asiatiques (Singapour, Taïwan, Hong-Kong, Corée du Sud).

  • Diversifier ses sources d’approvisionnement en hydrocarbures à partir des champs pétrolifères du Darfour et, en vue de la prochaine exploitation du pétrole dans le nord de la République Centrafricaine, le chemin de fer jusqu'à Nyala serait un débouché non négligeable pour les hydrocarbures centrafricains, bien plus que le port de Douala. Il nous faut ici rappeler à nos lecteurs que le Soudan possède de nombreuses raffineries capables, le cas échéant, de transformer notre pétrole.

  • Réduire le coût en RCA des produits multimédia, électroménagers, des véhicules, des machines agricoles… qui proviennent pour l’instant uniquement du continent européen ou de Chine et qui restent inaccessibles à la plupart des centrafricains. Dans le même, le Soudan produit ces articles ou se tourne vers d’autres horizons pour bénéficier de prix très compétitifs en ce qui concerne ces mêmes produits.

  • Ouvrir de nouveaux horizons à l’exportation pour la RCA, notamment dans le domaine agricole (sésame, manioc, igname, oignon, coton, café) et pour les industries extractrices (notamment le fer extrait à Bambari ou l'or et le diamant à Bria). Il semble indubitable qu'il est bien plus aisé et bien moins coûteux de convoyer le fer de Bambari ou le coton de la Vakaga vers le Darfour méridional que vers le Cameroun, trop éloigné.

  • Faciliter la circulation des personnes et des capitaux entre le Soudan et la RCA, ce qui permettra le dépassement des anciennes querelles politiques ou même tribales. Un accord de libre-échange pourrait être implémenté de manière à dynamiser les échanges de biens et de personnes entre les deux pays. Cet accord de libre-échange, ou tout du moins dans un premier temps de facilitations commerciales, se devra par la suite de s'étendre au Tchad, partenaire incontournable de la sous-région.

  • Désenclaver les villes et les régions que le chemin de fer traverse, notamment Sibut, Bambari, Bria et Birao. Ce désenclavement créera un véritable effet de spill-over(débordement en anglais), où le développement économique générera automatiquement une stabilisation de la situation politique avec une diminution de la menace des mouvements politico-militaires.


En bref, la construction de ce chemin de fer entre la République Centrafricaine et le Soudan est une formidable opportunité pour mettre nos deux pays sur la voie du développement accéléré et surtout, permettra à des régions ravagées par les conflits comme celles de Birao de retrouver un tant-soit-peu de santé économique.

 

Jonas Abbo Tshipopo

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans ACTU ECONOMIQUE

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