Jean-Jacques Demafouth : la candidature de la repentance ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

JJDemafouthParmi les cinq candidats en lice au premier tour des élections présidentielles du 23 janvier prochain en République Centrafricaine, Jean-Jacques Demafouth a sans doute eu un des parcours les plus sulfureux. L'histoire récente du pays de Barthélémy Boganda tend à confirmer nos dires. Après le renversement d'Ange-Félix Patassé par François Bozizé, Jean-Jacques Demafouth, alors déjà en disgrâce auprès du « Barbu National », s'exile pour quelques temps et chercher à se faire oublier. Après une timide candidature aux présidentielles de 2005, le grand public retrouvera Demafouth trois ans plus tard lorsque, en 2008, il fut désigné chef de file de l'APRD (Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie). Signalons ici à nos lecteurs que l'APRD est un mouvement politico-militaire qui sévissait jusqu'à il y a deux ans dans le nord-ouest du pays, plus particulièrement dans les préfectures de l'Ouham et de l'Ouham-Pendé. Reprenant à son compte les revendications floues de l'APRD, Jean-Jacques Demafouth promet à ses nouveaux soudards de les faire intégrer à terme dans l'armée nationale et d'obtenir une représentation au gouvernement ; promesses qui n'ont rien d'altruiste et qui sont formulées au détriment des populations terrorisées. D'autre part, s'il est le leader désigné de l'APRD grâce à son passé d'ancien ministre et son relatif charisme, ce n'est pas lui qui la contrôle des troupes du mouvements sur le terrain, troupes que Demafouth connaît d'ailleurs très mal et se refuse à fréquenter. Quelques mois après avoir pris le commandement de la rébellion, l'ancien ministre cherche déjà une porte de sortie par le truchement de négociations avec son ancien collaborateur de la fin de la décennie 90, le Général d'Armée François Bozizé Yangouvonda.


Du côté de Bangui, à force de meurtres et d'incendies de villages, Jean-Jacques Demafouth inquiète au plus haut point et le gouvernement cherche à endiguer son influence grandissante sur toute une partie du pays. Le Président Bozizé s'adjoint alors les services du Doyen Omar Bongo Ondimba, qui connaître très bien la RCA et parle couramment sango : ce dernier organise une table ronde sous l'auspice du gouvernement gabonais à Libreville. Ces négociations constitueront un franc succès : les deux parties signent la cessation des hostilités et l'APRD se joint au processus DDR (Désarment, Démobilisation et Réinsertion). Quant aux revendications gouvernementales de Demafouth, elles doivent se négocier à la fin de l'année 2008 à l'occasion du Dialogue Politique Inclusif, qui tend à représenter l'ensemble de la société civile et politique centrafricaine. Mais le chef rebelle repenti n'y va pas par quatre chemins : il réclame tout de go la primature au Président Bozizé. Ce qu'il n'obtiendra pas, le poste revenant au très compétent Faustin-Archange Touadéra. Pour maigre compensation, un de ses fidèles, Naoueyama deviendra Ministre de l'Environnement. Une juste récompense à la mesure de l'arrivisme du chef politique de l'APRD. Car, par le passé, avant le sursaut patriotique du 15 mars 2003, Jean-Jacques Demafouth s'est déjà fait remarqué par son ambition démesurée et sa soif inextinguible de pouvoir.


Né le 3 octobre 1959 à Bangui, fils d'un ancien caporal de l'armée coloniale française Alfred Mafoutapa, lui-même originaire de Sibut dans la préfecture du Kemo. Le jeune Demafouth poursuit de très honorables études de droit avant d'obtenir son diplôme d'avocat. Exilé en France par le régime d'André Kolingba, il y ouvre un cabinet d'avocats et épouse une française originaire de Lyon. Mais l'arrivée au pouvoir démocratique d'Ange-Félix Patassé va tout changer pour Jean-Jacques Demafouth. Non seulement il se voit permis de rentrer au pays, mais en plus de nouveaux horizons s'ouvrent à lui, des horizons éminemment politiques. Nommé conseiller juridique à la Présidence, il fournit un travail de qualité et fait preuve d'une grande expérience dans le domaine du droit. Mais quelques mois seulement après sa nomination au poste de conseiller du Président, il devient Président du Conseil d'Administration de la SOCATEL. Il exerça une emprise hégémonique sur cette entreprise de service public jusqu'en 1999.

 

C'est à cette date que son destin va basculer. Sa nomination au poste de Ministre de la Défense est une surprise de taille, tout comme celle du Général François Bozizé au rang de Chef d'Etat-Major des FACA (Forces Armées Centrafricaines). Il occupera cette fonction notablement stratégique jusqu'en 2001, se retrouvant au passage en première ligne lors de la tentative de Coup d'Etat d'André Kolingba le 28 mai 2001. Mais la paranoïa quasi-démente du Président Patassé finira par avoir raison du cursus honorum de Demafouth. Accusé de haute trahison, il est démis de ses fonctions et incarcéré avant d'être finalement libéré faute de preuves. Clap de fin ?

 

Non, car Jean-Jacques Demafouth n'a jamais vraiment renoncé la conquête du pouvoir, ce fameux Graal qu'il convoite depuis des décennies et pour lequel il est prêt à tous les sacrifices. Mais il semble indubitable que sa personnalité très controversée dans l'esprit des centrafricains et l'absence d'appareil électoral (son parti, le NAP, n'a pas de structure viable) derrière sa personne ne lui ouvriront pas cette fois-ci les portes du Palais de la Renaissance. Il pourrait le cas échéant se rabattre sur les élections législatives, où il se présente sous l'étiquette du NAP dans sa ville d'origine (Sibut), face à une pléthore d'autres candidats. Un double défi d'envergure pour un homme politique qui n'a définitivement pas froid aux yeux...

 

Jonas Abbo Tshipopo

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans EDITORIAL

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