L'indépendance du Sud-Soudan : un danger pour la République Centrafricaine ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Depuis ce matin et ce jusqu'au 15 janvier prochain, près de quatre millions d'électeurs se rendent aux urnes au Sud-Soudan pour déterminer si oui ou non cette région pétrolifère doit faire sécession du reste du Soudan. Dans ce gigantesque pays de plus de deux millions de kilomètres carrés, ce vote représente un enjeu majeur pour l'avenir de l'Etat soudanais et même pour le continent africain dans son ensemble. Premièrement, car ce référendum est l'aboutissement d'un long processus qui a débuté en 2002, après les accords de paix entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste du SPLA commandée par John Garang. Deuxièmement, parce que cette consultation démocratique est censée marquer le point final d'un demi-siècle d'affrontements meurtriers qui ont fait des centaines de milliers de morts à l'occasion de deux guerres civiles sanglantes (de 1955 à 1972 et de 1983 à 2002). Enfin, car le Sud-Soudan, malgré son enclavement, concentre 80% des ressources en hydrocarbures du Soudan et qu'une sécession serait très préjudiciable au gouvernement de Khartoum sur le plan économique.

 

Dans les médias occidentaux, aucun doute ne plane sur l'issue du scrutin : il décidera à une écrasante majorité de l'indépendance du Sud-Soudan. Le nouveau leader sudiste depuis la mort accidentelle de John Garang, Salva Kiir, a reçu le soutien de nombreux peoples de premier plan (dont Georges Clooney, Bernard-Henri Lévy et Georges Bush), les mêmes qui avaient vilipendé aveuglement l'attitude du Soudan dans le conflit du Darfour. Soutenu financièrement par l'administration américaine, le SPLA (ancien rébellion sud-soudanaise transformée en parti politique) se prépare à une guerre d'indépendance au cas où Omar el-Béchir et l'aréopage de Khartoum refuseraient de leur accorder l'indépendance. Une manipulation médiatique de grande ampleur, semblable à celle orchestrée contre Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, est en voie de gestation dans les presses occidentales. Elle consisterait à diaboliser le gouvernement arabe de Khartoum et à porter aux nues les indépendantistes sud-soudanais.


 

La réalité n'est toutefois pas si manichéenne. Tout d'abord, car le Sud-Soudan ne forme pas une nation homogène ethniquement et que les affrontement entre ses différentes composantes (nuer contre dinka par exemple) ont été au moins tout aussi violents que le conflit entre le Nord et le Sud lors des décennies 80 et 90. Ensuite, et nous mettons ici en exergue l'analyse de plusieurs spécialistes du Soudan comme Roland Marchal (chercheur au CERI, le centre de recherche de Sciences Po Paris), parce que les frontières entre le Soudan traditionnel et sa partie sud sont assez poreuses : en effet, durant la saison des pluies, des populations africains du Sud se déplacent au Nord pour bénéficier de conditions climatiques plus favorables pour eux et leur cheptel. Enfin, il serait non dénué d'esprit de dévoiler à nos lecteurs que le gouvernement sud-soudanais est en majorité composé d'anciens rebelles sans foi ni loi, ne demandant l'indépendance de leur pays que pour bénéficier de la rente pétrolière sans rien redistribuer aux populations.

 

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Même s'il s'avère que le résultat du vote est favorable à l'unité du Soudan, ni la communauté internationale ni le SPLA ne reconnaîtront le résultat du vote et pousseront des cries d'orfraie pour remettre en cause sa légitimité. Le gouvernement de Khartoum, considéré comme un rogue state (Etat voyou) par les Etats-Unis, sera alors mis au banc des nations et un bras de fer s'engagera alors entre les différentes parties. Le pire serait alors à prévoir, à savoir une troisième guerre civile entre les deux parties du Soudan pour le contrôle de régions stratégiques comme celle d'Abyei. Cette guerre civile risque fortement de se transformer en un facteur déstabilisateur aussi bien pour le Soudan que pour ses voisins, dont la République Centrafricaine. En effet, le pays de Barthélémy Boganda pourrait servir de base arrière pour les rebelles sud-soudanais (les deux Etats sont limitrophes) et ces derniers commettraient alors des exactions en territoire centrafricain. Des alliances de circonstances entre les sud-soudanais et des rébellions comme la CPJP ou la LRA devraient également se former. Ajouté à l'échéance des élections législatives et présidentielles du 23 janvier prochain en RCA, ce référendum d'autodétermination au Sud-Soudan risque de former un cocktail explosif qui ferait sombrer toute la sous-région dans le chaos et l'incurie généralisée. C'est ce que le politologue américain Barnett Rubin a appelé un complexe conflictuel régional. Il ne nous reste simplement plus qu'à espérer que les événements à venir ne fasse pas de nous des Cassandre et que les sud-soudanais puissent décider de leur sort en toute quiétude, sans que cela n'influe sur la stabilité des pays limitrophes...

 

Jonas Abbo Tshipopo

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans EDITORIAL

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