La privatisation des entreprises publiques centrafricaines : une solution salutaire ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

camion AfriqueIl convient dans cet article de nous intéresser à un aspect majeur de l’industrie centrafricaine : les entreprises à capitaux publics gérant les richesses du pays de façon monopolistiques et qui se trouvent actuellement dans une situation financière difficile suite à une mauvaise gouvernance lors des dernières années. Ce problème n’est pas inhérent à la République Centrafricaine, il est même présent dans presque toute l’Afrique. Mais force est de constater qu’il a été pris à bras-le-corps dans d’autres pays. Pour exemple, le Togo a procédé à la restructuration et à la privatisation de deux des ses plus puissantes industries gérées par un monopole, à savoir le coton (SOTOCO) et le phosphate (OTP). Cette restructuration s’est traduite par un regain de productivité et un retour aux bénéfices pour ces deux anciennes entreprises publiques. Le cas de CENTRAPALM, la société centrafricaine de fabrication d'huile de palme (et succinctement ceux de l’HUSACA-MAICA, société fabriquant du maïs et de la SAVEX, entreprise produisant du savon), de l’ENERCA (la firme publique de distribution de l'électricité) et de l’Imprimerie Centrafricaine est à peu près similaire à celles que connaissaient la SOTOCO et l’OTP il y a deux ans de cela : des déficits abyssaux, des rendements inexistants, une mal-gouvernance chronique et avérée. Il conviendrait donc d’ouvrir le capital de ces entreprises à des sociétés privées qui seraient en mesure de procéder aux investissements et aux ajustements structurels permettant à ces entreprises de retrouver la voie de la bonne santé économique. Par ailleurs, ces investisseurs privés pourront amener les technologies et les infrastructures dont l’absence mine temps le rendement actuel de ces entreprises publics. D’autant plus que le cas précis de l’ENERCA relève de l’urgence la plus grande, les délestages étant de plus en plus fréquents, nuisant à la productivité des entreprises présentes en Centrafrique et décourageant les potentiels investisseurs. Nous constatons ici que la privatisation de la société togolaise d’électricité a permis de créer une nouvelle centrale électrique qui permet depuis quelques mois d’approvisionner toute la ville de Lomé en électricité 24h/24h, supprimant de fait le phénomène de délestage.

                Toutefois, il ne s’agit pas de se lancer dans une course à la privatisation effrénée et sauvage de ces entreprises publiques, ce qui reviendrait à brader ces dernières et à les livrer corps et biens à la voracité de multinationales souvent étrangères et peu regardantes sur la redistribution de leurs gains aux populations locales.  Dans un premier temps, il s’agit d’encadrer strictement la privatisation de ces entreprises, l’Etat gardant une minorité de blocage dans le capital de l’entreprise et exigeant le respect d’un certain quota de travailleurs nationaux (entre 30% et 50% selon les qualifications requises par exemple). Des sociétés d’économie mixte seront alors créées. Les actionnaires privés de la société devront par ailleurs reverser des dividendes conséquents à l’Etat (royalties) afin que l’exploitation des ressources de la Centrafrique ne se fasse pas au détriment des centrafricains. Dans un deuxième temps, il s’agit d’ouvrir le marché à la concurrence au bout d’une période donnée et de mettre fin à la situation monopolistique de l’ex-entreprise publique dans son secteur afin de réduire le taux de concentration monopolistique et donc de diminuer les coûts à l’arrivée pour le consommateur notamment dans le secteur de l’approvisionnement en électricité (à l'heure actuelle, seul 4% des foyers centrafricains sont pourvus en électricité).

Robert Wali

Rédaction centrafriquenligne.com


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