La République Centrafricaine a cinquante ans !

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

«Monsieur le Président, Excellence, Citoyens de la République centrafricaine. Voici donc que ce jour de fraternité s’achève et devient l’histoire. Bientôt va s’élever la salve solennelle qui salue l’indépendance des peuples et qui retentira dans la mémoire de vos enfants comme celle qui saluait jadis la descente des rois."

Quelques minutes seulement avant l'indépendance effective de la République Centrafricaine le 13 août 1960, c'est par ces paroles dithyrambiques qu'André Malraux, alors Ministre des Affaires Culturelles du gouvernement de Charles De Gaulle, faisait naître dans le coeur de chaque centrafricain un sentiment de fierté indescriptible. Plus tard, c'est le président David Dacko qui prenait la parole et faisait jaillir la lumière de l'espérance dans la nuit ténébreuse de Bangui. Ce soir-là, la terre de nos ancêtres ne respirait que la liesse et le bonheur. Un contentement général que venait toutefois tempérer le souvenir douloureux de la disparition tragique du fondateur de la République Centrafricaine (proclamée le 1er décembre 1958), le premier président Barthélemy Boganda. Ce 13 août 1960, son ombre tutélaire planait sur l'assistance et aucun des pères fondateurs ne pouvait s'empêcher d'adresser une pensée émue à celui qui s'était tant battu pour arracher l'indépendance des griffes prédatrices de l'Empire colonial français. 

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Un demi-siècle après, que reste-il de tout cela? Que reste-il du soleil des indépendances ? Que reste-il des idéaux de Boganda (le Zo Kwe Zo notamment) et de son parti, le MESAN ? Dans quel recoin de notre mémoire subsiste-t-il ce rêve sublime, ces chimères magnifiques qui faisaient croire à chaque centrafricain présent en ce 13 août 1960 que la République Centrafricaine nouvellement indépendante allait se métamorphoser en un jardin d'Eden dont rien, absolument rien ne pourrait troubler la quiétude ? Beaucoup vous répondront que toutes ces utopies se sont évaporés comme un mirage dans le désert de notre violence et de nos errements. Certains européens se prétendant savants vous rappelleront que la République Centrafricaine est un des pays les défavorisés de par le monde et que tous ses dirigeants passés ou actuels ne sont que de burlesques potentats de républiques bananières. D'autres enfin vous affirmeront qu'il n'y a plus rien à faire, que la République Centrafricaine est à jamais condamnée à errer dans les jardins de la misère et de la haine, du fait de l'incapacité de ses jardiniers.

Il nous faut refuser cette idéologique cynique. Il nous faut l'abhorrer de nos coeurs et même de nos mémoires. La République Centrafricaine n'a pas survécu cinquante années pour se voir irrémédiablement condamnée à une chute sans fin. La République Centrafricaine n'a pas franchi toutes ces embûches, n'a traversé tous ces ces gués périlleux pour ne pas voir la lumière qui scintille au fond du tunnel. Certes il subsiste encore la misère dans notre pays, mais chaque jour, de nouvelles cultures sont implantées afin d'annihiler les phénomènes de la malnutrition et de la sous-nutrition. Certes il subsiste encore l'analphabétisme, mais chaque semaine, de nouvelles écoles sont crées pour permettre à tous les dignes fils de la nation centrafricaine d'avoir une chance de décider de leur avenir. Certes il subsiste encore la guerre au Nord et à l'Ouest du pays, mais nous ne pouvons ici passer sous silence le sacrifice de soldats centrafricains tués au combat en luttant pied-à-pied avec les rebelles pour offrir aux populations civiles la sécurité à laquelle elles ont droit.  La société civile et le gouvernement sont au travail, tentant tant bien que mal de réparer le tissu économique déchiré par les conflits successifs, de créer les conditions pour que la République Centrafricaine ne demeure pas un pays enclavé et étouffé par la puissance de ses voisins.

 

Pour finir notre tribune, il conviendrait de citer le Prix Nobel de Littérature Georges Bernard Show : "Il y a des personnes qui regardent les choses qui sont et se demandent pourquoi elles sont si injustes. Pour ma part, je préfère essayer de lancer mon regard vers l'impossible, les utopies, l'idéal et me dire : pourquoi pas ?". Si nous faisons nôtre cette citation, un jour la guerre s'achèvera. Un jour, la famine fera sa dernière victime. Un jour, nos enfants seront tous en bonne santé et parfaitement éduqués. Il n'appartient qu'à nous de faire que ce jour soit le plus proche possible. Il ne tient qu'à nous de faire revivre à nos contemporains et à nos enfants ce rêve sublime, ces chimères magnifiques qui ont empli de félicité les centrafricains à l'aune des indépendances. Bonne fête à tous !

Robert Wali

La rédaction de Centrafrique En Ligne


 

Publié dans EDITORIAL

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