LE SOUDAN S’APPRETE A EXPULSER EN DOUCEUR LES CHEFS DE LA REBELLION TCHADIENNE

Publié le par CENTRAFRIQUENLIGNE

Dans quelques jours, les leaders de la rébellion tchadienne quitteront le Soudan pour en ce qui concerne Mahamat Nouri, rejoindre l’Arabie Saoudite, Timane Erdimi le Qatar et Adouna Hassaballah la Jordanie.

Par cette décision, le Soudan affiche sa volonté de respecter l’accord de paix de Khartoum dans sa phase 1, si l’on peut s’exprimer ainsi.

Plusieurs mois après l’expulsion musclée et ô combien humiliante du chef de la rébellion darfouri par Idriss Deby, le Soudan va renvoyer l’ascenseur au Tchad, avec toutefois une différence de taille, et en son temps nous l’avions souligné, le style et la méthode seront différents, et ils l’ont été car c’est avec beaucoup de doigté et d’organisation jusque dans les moindres détails que le Soudan procède au départ des leaders tchadiens.

Cette attitude intelligente des Soudanais s’explique par le souci de ne pas insulter l’avenir, comme on dit, mais aussi parce que les forces militaires des différentes rebellions sont intactes et présentes sur son territoire.

 

QUE VA-T-IL SE PASSER ?

 

Tout d’abord, constatons l’extrême prudence qui guide les pas des autorités soudanaises dans l’application de l’accord de paix. On peut dire sans se tromper que c’est une application a minima, une fois, les chefs expulsés, restera l’équation majeure : La force militaire des rebelles ; elle sera l’enjeu majeure dans les négociations à venir, car il est évident que tenant compte de la configuration actuelle de la situation, le Soudan ne poussera pas au ralliement pur et simple. Pourquoi ?

 

Après son expulsion du Tchad, le chef de la rébellion du Darfour a atterri en Libye, où il a ouvert un poste avancé juste à la frontière avec le Soudan et donc à quelques encablures de ses troupes. Les autorités soudanaises avaient immédiatement réagi en fermant la frontière avec la Libye, ce qu’elles n’avaient jamais fait avec le Tchad malgré le conflit ; c’est le gouvernement tchadien qui avait pris l’initiative de fermer la frontière avec le Soudan. Ce dernier avait officiellement exprimé son courroux de voir le docteur Khalil à Tripoli où il bénéficie désormais d’un soutien politique, financier et militaire conséquent.

 

Si l’accord de paix entre Al Béchir et Deby recherchait la neutralisation des rebellions par l’éloignement des leaders, on peut constater qu’en ce qui concerne le chef des rebelles du Darfour, l’opération a fait chou blanc et pire même, dans la mesure où le docteur Khalil sort de cette affaire, plutôt renforcé, car désormais en contact direct avec Kaddafi, un Kaddafi heureux de se repositionner comme interlocuteur et facilitateur pour toute résolution de la crise du Darfour, coiffant au poteau le Qatar et l’Arabie Saoudite et savourant l’occurrence que désormais Tripoli sera une voie obligée pour les américains profondément impliqués dans la crise du Darfour.

Un docteur Khalil à Tripoli est une menace plus importante pour le régime soudanais que si le chef rebelle gardait sa demeure au Tchad entre les mains d’un Deby ; autrement dit, cette nouvelle donne par l’entrée en scène de Kaddafi constitue un véritable casse tête pour Al Bechir car il faudra désormais négocier avec la Libye et à quelles conditions ?

 

Dans ce contexte international avec un second mandat d’arrêt contre le Président soudanais, qui est la preuve de la continuation de l’hostilité du monde occidental envers lui, le régime soudanais est soucieux avant tout de consolider sa sécurité intérieure laquelle est plus que jamais traversée de tentatives de complots, de coups d’état, suscitées par l’étranger. Ajoutons à ces préoccupations la question du referendum du Sud Soudan courant 2011. D’ailleurs, on peut relever que le second mandat d’arrêt contre EL Béchir vise à alimenter la dynamique de l’indépendance du Sud Soudan.

 

IDRISS DEBY EN POSITION DE FAIBLESSE

 

Sur plusieurs points: Tout d’abord, l’expulsion musclée et humiliante du docteur Khalil qui a toujours volé au secours de Deby, qui lui a sauvé la mise à Ndjaména lors de l’offensive rebelle en 2008, l’ expulsion de ce désormais « soudanais » comme l’a qualifié Deby, a été très mal vécue par une partie du clan ; acte de trahison ignoble, ingratitude honteuse, lâcheté, mesquinerie… Certains membres du clan se sont lâchés et n’ont toujours pas digéré le comportement de Deby. Des observateurs avaient tenté d’expliquer le comportement de Deby par l’impossibilité pour lui de se débarrasser du docteur Khalil si ce dernier garda encore pied au Tchad ; car, les dégâts et les risques occasionnés par sa résistance, face à une tentative de son déguerpissement, seraient trop grands. Dés l’instant où le docteur Khalil était au courant de l’engagement pris par Deby, il fallait le surprendre, isolé de ses hommes, en l’expulsant manu militari.

 

Au finish, que se passe t-il ? Idriss Deby a perdu une carte maîtresse, il a perdu toute influence sur le Soudan, toute capacité d’exercer un chantage et il s’est fait un quasi ennemi en la personne du docteur Khalil.

C’est pourquoi depuis son expulsion, Deby en est à sa troisième visite en Libye pour essayer de se réconcilier avec le chef des rebelles du Darfour. De meme, Deby a désormais perdu l’importance qu’il avait pour l’administration américaine, c’est ainsi qu’il faut voir le rapport au vitriol sur la situation des droits de l’homme au Tchad, rapport publié par l’ambassade américaine au Tchad  se contrebalançant éperdument des us et coutumes diplomatiques. Cette dégringolade de la côte de Deby explique pourquoi Deby «  le coriace » comme dirait le fraçafricain François Soudan  de JA, a rapidement mangé son chapeau et sa souveraineté pour revenir et dire que le Tchad va accepter la présence de personnalités de l’UE dans la commission d’enquête sur la mort d’IBNI. Dans ce jeu d’échec engagé avec El Béchir, Deby a perdu sa reine, désormais entre les mains de Kaddafi. Pourquoi alors les autorités soudanaises vont-elles lui faciliter la tâche en poussant au ralliement les rebelles tchadiens ? Bien au contraire, sauf bouleversement intérieur, les soudanais prendront leur temps, et ne poseront aucun acte susceptible de porter atteinte à leur sécurité.

Conscient qu’il se trouve dans une position délicate, dès le départ des chefs rebelles de Khartoum, Deby enverra illico presto ses émissaires pour faire rallier à coups de promesses et de millions, les responsables des différents groupes armés.

 

Certains partiront, c’est normal, d’autres résisteront et auront raison car une dernière chance  pourrait se présenter à eux, un nouvel espoir peut être, à condition que les responsables, ceux qui prendront les rennes, tirent les leçons du passé, trouvent en eux la volonté de dépasser les clivages, arrivent à organiser et mobiliser leurs hommes. En seront-ils capables ? Attendons de voir et souhaitons leur de réussir, au moment où les femmes tchadiennes qui sont obligées d’éventrer des fourmilières pour récupérer quelques graines de céréales pour survivre prient pour leur victoire.

Source : Zoom sur le Tchad

Publié dans AILLEURS EN AFRIQUE

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