Les élections législatives en RCA : décryptage (1ère partie)

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Tandis que l'élection présidentielle focalise toutes les attentions, les candidats à la députation battent campagne dans une relative indifférence. Pourtant, les centrafricains devront se rendre aux urnes le 23 janvier prochain pour désigner une nouvelle Assemblée, le même jour que le premier tour de la présidentielle. Parmi 836 candidats, le peuple centrafricain devra choisir 105 députés pour les cinq ans à venir. Le KNK et le MLPC sont les deux seuls partis à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales, les autres partis le font de façon plus parcimonieuse. A noter que 15 des 32 ministres de l'actuelle équipe gouvernementale participent à cette élection. Dans deux articles consécutifs (dont voici le premier), nous nous efforcerons de décrypter les enjeux de ces législatives par le biais de l'évocation des grands chocs de cette élection. Il n'est nullement dans notre intention d'être exhaustif et de proposer une analyse de la situation dans chaque circonscription électorale, mais bien de présenter soit celles où les débats seront les plus disputés et où les votes risquent d'être les plus serrés, soit celles où se présentent des figures importantes de la politique centrafricaine. Aujourd'hui, nous nous focaliserons sur les enjeux des législatives à l'intérieur du pays et en début de semaine prochaine, nous évoquerons les circonscriptions disputées à Bangui par arrondissement.

 

Circonscription de Berbérati I (ouest de la RCA) : le choc des titans

 

C'est sans doute la circonscription dont le résultat va être le plus observé par les adeptes avertis de la vie politique centrafricaine. Un combat hors normes, démiurgique même, se prépare entre trois éléphants de la scène publique de la RCA. Tout d'abord, Sylvain NDOUTINGAI (KNK, Kwa na Kwa), Ministre d'Etat aux Mines, à l'Energie et à l'Hydraulique du gouvernement Bozizé, neveu ainsi que directeur de campagne de ce dernier. Il est par ailleurs Ministre Résident de la préfecture du Mambere-Kadeï (qui englobe Berbérati, son chef-lieu) et a beaucoup oeuvré pour la reconstruction de cette ville sinistrée par le départ des grands exploitants diamantifères. Face à lui, « le petit frère de Jésus », Ange-Félix PATASSE, président de la RCA de 1993 à 2003, candidat indépendant à l'élection présidentielle du 23 janvier, orateur à la verve aussi démente qu'une girouette battue aux quatre vents. Hors de ses bases, loin de sa communauté d'origine, il pourrait pâtir de son éloignement. Tout comme Raymond Gros NAKOMBO, le candidat du RDC (Rassemblement Démocratique Centrafricain, parti de feu Kolingba) à la présidentielle, qui certes est né à Berbérati, mais a exercé ses deux mandats de député dans sa circonscription du Sosso-Nakombo. Une lutte acharnée s'annonce donc et si deuxième tour il y a, le jeu d'alliances entre l'un ou l'autre des protagonistes pourrait être décisif pour la conquête de cette ville au sous-sol si fertile en diamants.

 

Carnot I (ouest) : le revanche d'Ibrahim Aoudou Pacco ?

 

Il rumine son mécontentement. Pourtant, combattant infatigable, il compte bien conserver son siège de député dans cette circonscription du Mambere-Kadeï. Mais ce sera cette fois en candidat indépendant, car la dynamique Madeleine SAMBO BAFATORO lui a été préféré par les militants KNK et se présentera aux électeurs avec l'étiquette du parti de Bozizé. Avec cette division des voies de la majorité, c'est Henri WANENGAI du MLPC (Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain, parti de Ziguélé) qui pourrait tirer son épingle du jeu, même si la région est traditionnellement acquise au KNK.

 

Damara (centre-ouest) : la voie royale du Premier Ministre

 

Il ne subsiste aucun doute. Le Premier Ministre sortant, S.E. L'Honorable Faustin-Archange TOUADERA va être désigné député de la circonscription de Damara, une ville au nord de Bangui, toujours dans l'Ombella-M'poko. Sa compétence et sa rigueur font de l'ancien recteur de l'Université de Bangui un favori logique à la députation, et le MLPC ne semble rien pouvoir y changer. Il va donc certainement remplacer le député sortant du KNK, Eric Sorongopé Zoumandji, ancien Ministre d'Etat chargé des Finances de Patassé en 2002, à l'aune de sa chute.

 

Bocaranga II (nord-ouest) : Martin Ziguélé ou la panthère en sa tanière

 

Là non plus, pas de place pour le suspens. Il faut bien reconnaître que « la panthère de Bouar », l'ancien premier Ministre du temps de Patassé et des banyamulenge, risque fort de tout croquer sur son passage et de retrouver son siège d'Honorable au Palais de l'Assemblée Nationale construit dans les années 70-80 par Bokassa et par Kolingba. De plus, dans une circonscription de l'Ouham-Pendé où se présentent huit candidats, la majorité présidentielle arrive en ordre dispersé (KNK, PNCN, PAD) et plusieurs indépendants risquent de venir troubler la fête. Toutefois, la personnalité du candidat KNK Daouda DAVID risque peut-être de modifier la donne et de créer la surprise, qui serait alors pour le moins énorme. Mais sait-on jamais...

 

Markounda (nord-ouest): Béatrice Epaye l'indépendante

 

Elle affronte actuellement le même dilemme que l'honorable Pacco. Excellence Ministre du Commerce et de l'Industrie, Ministre Résidente du Haut-Mbomou, femme dévouée et efficace, Emilie Béatrice EPAYE devra batailler pour renouveler son siège à l'Assemblée. Car elle ne disposera pas du soutien officiel du parti KNK dont les militants ont désigné Gaston Defferre KYAWA. Malgré l'absence de machine électorale derrière sa candidature, une des seules femmes présentes à l'Assemblée Nationale devrait être en mesure de pouvoir remporter la circonscription du fait de son action louable pour le développement de la préfecture de l'Ouham.

 

Sibut (CENTRE) : Jean-Jacques Demafouth en danger

 

Il risque de tout perdre. La République Centrafricaine comme la députation dans le Kémo. L'ancien Ministre de la Défense d'Ange-Félix Patassé, acteur controversé du processus de désarmement, s'aventure loin des terres qu'il a un temps ravagé avec ses miliciens de l'APRD. Face à dix autres candidats, il est clair que pour lui, la partie sera loin d'être aisée dans le chef-lieu du Kemo, important hub du transport routier. Les voix de ses fidèles suffiront-elles ? Pas sûr, et il est indubitable que ceux qui ont condamné les exactions de l'APRD risquent d'aller voter pour le candidat du KNK Pierre Justin NDOMODAKPA ou encore pour celui du MLPC, Jean-Jacques SANZE.

 

Nana-Bakassa (nord-ouest) : Patrice Edouard Ngaïssona, l'explorateur de l'Ouham

 

Il se retrouve en terre de mission. Celui qui fut député du 4ème arrondissement de Bangui, multipliant les apparitions médiatiques, et qui a dû céder sa place pour permettre au ticket Bozizé-Doté de se présenter à sa place, ne compte pas pour autant renoncer à la députation. C'est pourquoi il a obtenu des militants KNK l'investiture dans cette région rurale de l'Ouham, à des centaines de kilomètres de Bangui. Toutefois, dans une circonscription fortement marquée par l'influence du MLPC, il lui sera relativement difficile de se défaire du candidat du parti de Ziguélé, Hubert NAINANGUE.

 

Bambari II (centre) : Le Président Gaombalet pour un nouveau mandat

 

Ce sera donc un duel, un affrontement à deux comme le scrutin législatif du 23 janvier prochain en recèle peu. Et pas de n'importe quelle facture. Le Président de l'Assemblée Nationale, numéro 2 du KNK face à un des haut-cadres du MLPC. Célestin-Leroy GAOMBALET face à Jacquesson MAZETTE. La ville du fer extrait des profondeurs de la Ouaka, la localité de RCA qui s'est le plus développé ces cinq dernières années va connaître un combat épique. Pourtant, le bilan de Gaombalet et son aura plaident pour lui, il apparaît donc comme le favori logique. En tout cas, au contraire de la circonscription de Bambari I où se présentent pas moins de treize candidats (dont la Ministre du Tourisme Ndakala), pas de risque de dispersion des votes. Il ne sont que deux.

 

CELESTIN

 

Alindao I (Est) : les déchirures des « enfants » d'Abel Goumba

 

Abel Goumba doit se retourner dans sa tombe. Le FPP, le parti dont il est le fondateur, est en crise. En effet, à l'heure actuelle, une lutte féroce anime les successeurs de « maboko a vuru ». Et cette lutte atteindra sans doute son paroxysme dans l'élection du député d'Alinda (préfecture de la Basse-Kotto). Le Ministre en charge de la promotion des PME/PMI, du secteur informel et du Guichet Unique, Moïse Kotayé, le fils spirituel de Goumba, a été exclu du FPP par Alexandre Goumba, le fils légitime, à la suite d'une longue bataille juridique aux relents nauséabonds. Non content de jeter l'anathème sur son camarade, Alexandre Goumba lui voue toujours une véritable haine. A tel point que ce dernier a décidé d'envoyer un candidat du FPP (Maxime Clément YEKOUA) sur les terres de Moïse Kotayé, dans le but de lui compliquer la tâche. D'autant plus que le brillant Ministre sera confronté à une dizaine d'autres candidats, dont celui du KNK, Paul-Wilfront DOUBALE.

 

 

Bimbo II (périphérie de Bangui), Kabo (centre-nord) : la famille Bozizé à l'assaut de l'Assemblée Nationale

 

Si le Président Bozizé se présente à la députation dans le 4ème arrondissement de Bangui, sa famille proche n'est pas en reste, et au premier rang duquel la Première Dame, Monique BOZIZE. A priori, nul doute qu'elle renouvellera son mandat de député dans la circonscription de Bimbo II. Ses deux adversaires ne semblent pas être de taille. Quant à Jean Francis BOZIZE, le Ministre Délégué en charge de la Défense Nationale et par ailleurs fils aîné du Président de la République, ce sera une grande première. Mais il faut reconnaître qu'il ne se rend pas en terrain inconnu : il se présente dans la préfecture de l'Ouham, à l'endroit même (Moyenne-Sido) où la rébellion de François Bozizé s'est implanté en 2002 avant le sursaut national du 15 mars 2003. Il fut alors le lieutenant de son père, faisant preuve d'un grand courage au combat. Il peut donc compter sur un fort soutien de la population, qui l'apprécie et le respecte.

 

Rendez-vous en début de semaine prochaine pour la deuxième partie de l'analyse des enjeux des élections législatives en République Centrafricaine, dans la capitale cette fois...

 

Robert Wali

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans EDITORIAL

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