Les pygmées : un peuple oublié du développement

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

Ils font l'objet d'une réputation mythique, quasi-fantasmagorique. Pourtant, leur situation est loin d'être aussi idyllique que certains voudraient bien le dire. Car le peuple de la forêt est menacé de disparition : en effet, les pygmées aka de République Centrafricaine ne sont guère plus de 5000 répartis sur l'ensemble du sud-ouest du pays, notamment dans la préfecture de la Lobaye, et leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader depuis quelques années.

 

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La principale cause de ce mal-être chez les pygmées : la déforestation. Pour alimenter la capitale toute proche en bois, de nombreux agents économiques n'hésitent pas à abattre quantité d'arbres en abhorrant toute considération écologique. L'habitat même des pygmées est alors menacé : outre le lieu de vie, ce sont les ressources alimentaires du peuple aka qui disparaissent progressivement. Car ces derniers, vivant hors du temps dans de petites cabanes en bois perdus dans la forêt équatoriale, se nourrissent essentiellement de la pêche, de la chasse et de la cueillette (notamment des feuilles de coco, la base de leur alimentation). La déforestation détruisant la faune et la flore de la forêt, ce sont des pans entiers de leur monde autarcique qui tombent en lambeaux. Déjà décimés par les maladies et l'arrivée de la modernité, les pygmées semblent en danger de mort.

 

Le gouvernement centrafricain, aidés en cela par de nombreuses ONG (Caritas notamment), commence à prendre conscience de l'ampleur du problème. Lors du dernier recensement électoral, de nombreux pygmées se sont vus délivrer des cartes d'électeurs, premier pas vers la reconnaissance de cette population trop longtemps stipendiée par ses frères « bantous ». Mais il faudra faire plus ; l'attribution de titres fonciers ainsi que l'accès aux soins et à l'éducation constituent un préalable indispensable à l'intégration des pygmées dans la société centrafricaine. Ces avancées sont d'autant plus nécessaires que les pygmées apparaissent le plus souvent victimes d'exploitation de la part de leurs voisins bantous. Peu habitués aux us et coutumes du monde moderne, ils acceptent d'assujettir à un travail harassant dans les champs ou de devenir domestique chez les bantous pour une rétribution de quelques cigarettes seulement. Plus encore, et même si les mentalités tendent à changer, ils sont encore considérés par certains centrafricains comme des sous-hommes, voir des animaux.

 

Pourtant, leur culture et leur savoir-faire ancestral suscitent un grand intérêt chez ceux qui prennent le temps de comprendre ce peuple. Incollables connaisseurs de la diversité de l'écosystème de la forêt équatoriale centrafricaine, prodigieux artisans, adorateurs des esprits, les pygmées recèlent en eux un trésor culturel inestimable qu'il convient de ne pas annihiler. Et de nombreux signes nous font pressentir des jours meilleurs pour le peuple aka. En effet, ces dernières années, les liens entre ces derniers et les bantous se sont beaucoup resserrés. Il n'est désormais pas rare d'assister à un mariage mixte entre ces deux communautés. De nombreux livres (dont celui d'Abel Koulaninga, "L'éducation chez les pygmées de Centrafrique", édité chez l'Harmattan) appelant à la reconnaissance du peuple bantous ont été publiés et le gouvernement apparaît décider à mettre fin à cette dichotomie inacceptable entre les centrafricains de plein exercice et des pygmées qui ont trop longtemps été spoliés de leurs droits. C'est à ce prix, et à ce prix seul, que les pygmées, surgis du fond de l'épaisse forêt de la Lobaye, pourront reprendre la place qui leur est dû dans la grande famille centrafricaine. 

 

Sara Pendéré

Rédaction Centrafrique En Ligne

Publié dans EDITORIAL

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