Martin Ziguélé : la panthère de Paoua rugit-elle encore ?

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

martin-ziguel-.jpgC'est sans doute le challenger le plus sérieux du Président sortant François Bozizé Yangouvonda. Fort de son expérience de Premier Ministre d'Ange-Félix Patassé entre 2001 et 2003, le candidat de 53 ans compte bien déloger le maître du Palais de la Renaissance. Pour se faire, il a bataillé depuis plusieurs années pour consolider sa présidence du MLPC au détriment de ceux qui voulaient voir revenir « le barbu national », Ange-Félix Patassé à la tête du plus grand parti d'opposition centrafricain (23 députés à l'Assemblée Nationale). Il dispose donc d'un appareil électoral consistant regroupé derrière sa personne, même si la stratégie de campagne du MLPC semble assez peu efficace face au rouleau-compresseur du KNK. Son ambition : empêcher tout d'abord François Bozizé de franchir la barre des 50% au premier tour, puis au second, unir l'opposition autour de sa candidature pour défaire l'homme du 15 mars 2003 et accéder ainsi à la magistrature suprême. Mais une question d'importance subsiste : Martin Ziguélé a-t-il vraiment les moyens de ses ambitions ?

 

Né à Paoua (préfecture de l'Ouham-Pendé, nord-ouest de la RCA), puis éduqué à la dure au séminaire Saint-Jean de Bossangoa, il obtient une licence d'anglais à l'Université de Bangui puis complète son parcours universitaire par un Diplôme d'Etudes Supérieures (DESA) obtenu à Yaoundé (Cameroun). Logiquement, il choisit de travailler dans les assurances, à la différence des autres candidats à la présidentielle qui privilégie une carrière dans le domaine public et cumule les postes à hautes responsabilités. Martin Ziguélé est donc employé successivement par les assurances SIRIRI à Bangui puis CICA-RE à Lomé (Togo), où il reste une dizaine d'années et rencontre beaucoup de centrafricains en exil chassés par le régime d'André Kolingba. Rien qui touche ni de près ni de loin à la politique, donc. C'est peut-être justement à cause de sa candeur politique et de sa capacité de travail importante qu'il est nommé par le Président Patassé à la Primature en 2001, à l'aune de temps troublés pour la République Centrafricaine. Inutile de préciser que cette nomination de Ziguélé est une énorme surprise pour tous les observateurs de la vie politique centrafricaine. Durant son mandat de Premier Ministre, il connaîtra trois tentatives de coups d'état, la dernière étant celle du 15 mars 2003 qui écarta définitivement un gouvernement à bout de souffle. Quant à son bilan, il est plus que mitigé. Certes, les troubles qu'a connu le pays pendant les années où il exerçait ses fonctions ne lui ont pas permis de mettre oeuvre tous ses projets, mais il n'en reste pas moins que son inexpérience dans la gestion des affaires d'un pays a fait tâche d'huile. D'autre part, son indifférence coupable vis-à-vis des exactions des banyamulenge (miliciens congolais de Jean-Pierre Bemba utilisés comme auxiliaires par le gouvernement centrafricain entre 2001 et 2003) le rend quelque peu suspect auprès des survivants de cette époque.

 

C'est donc un Homme plus taillé pour une brillante carrière d'homme d'affaires que de Président de la République qui se présente aux élections du 23 janvier. Tout d'abord à la présidentielle, puis à la députation dans son fief de la circonscription de Bocaranga II (Ouham-Pendé), où il a de grandes chances de l'emporter. Après des années d'exil et une large défaite au second tour de la présidentielle 2005 face au Général Bozizé, Ziguélé joue ses dernières cartes car rien n'est moins sûr qu'il puisse nouveau être réinvesti par le MLPC pour la présidentielle de 2015. De plus en plus contesté par la jeune génération mlpciste qui voit en lui le symbole des « gbérés kodés » (les éléphants du parti qui ont collaboré avec le Président Patassé), il a pu bénéficier de l'absence de relève au sein du mouvement pour se présenter à cette élection. Mais rien ne prouve que cet immobilisme durera longtemps. Surtout que son grand rêve d'union de l'opposition dès le premier tour a éclaté sous le poids des ambitions personnelles des Nakombo et autres Demafouth et que, malgré sa bonhomie communicative, sa campagne ne décolle pas à quelques jours du scrutin. Une défaite dès le premier tour sonnerait donc le glas des espérances nationales du candidat Ziguélé, et il devrait donc à l'avenir se contenter de son mandat de député pour sursoir à ses ambitions politiques.

 

Jonas Abbo Tshipopo

Rédaction Centrafrique En Ligne

 

Publié dans EDITORIAL

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