Nous sommes tous des ivoiriens !

Publié le par CENTRAFRIQUE EN LIGNE

La Côte d'Ivoire se trouve actuellement en pleine tourmente. Engoncée dans une inexorable descente aux enfers depuis près d'une décennie, la crise ivoirienne a atteint son paroxysme en cette fin de semaine avec l'intensification des combats entre partisans de Laurent Gbagbo et ceux d'Alassane Ouattara. En quelques jours, les miliciens des Forces Nouvelles (FNCI) fidèles à Alassane Ouattara se sont emparés des principales villes du pays jusqu'à se trouver à la lisière de la capitale économique, Abidjan. Sur le chemin, ils ont essaimé les morts. Quelques dizaines à Yamoussoukro, 800 à Duékoué (ouest du pays), sans doute bien plus à Abidjan dont 6 malheureux centrafricains qui tentaient de chercher refuge dans leur ambassade... La peur a gangréné tout le pays et même si l'entièreté des massacres n'est pas à attribuer au clan Ouattara, il n'en reste pas moins qu'il en porte une grande part de responsabilité.

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Certes, Laurent Gbagbo est en passe d'être renversé mais ce changement de régime se fera au prix d'une négation complète de la souveraineté ivoirienne. Cette négation, elle a débuté il y a huit ans de cela, en 2002, avec l'insurrection armée dans le Nord et l'imposition de la Force Licorne par l'ONU pour empêcher l'armée ivoirienne de la réprimer. Durant huit longues années, les humiliations se sont succédées pour le Président Laurent Gbagbo, pourtant démocratiquement élu deux ans plus tôt. Pour avoir eu le malheur de déplaire aux réseaux francafricains, Laurent Gbagbo a dû accepter de voir passer une grande partie de son territoire sous le contrôle d'une bande de malfrats analphabètes et sanguinaires. A Bouaké ou à Korhogo, dans le nord du pays, les populations pourtant déjà indigentes ont été rackettés toutes ces années par Guillaume Soro et ses fameux « comzones », des mercenaires pour la plupart burkinabés. De la « paix de Marcoussis » aux élections de 2010 en passant par le gouvernement d'union nationale, le régime de Laurent Gbagbo a été dans l'obligation d'offrir l'encolure aux avanies imposées par la communauté internationale, et en premier lieu par la France. Ces avanies n'avaient qu'un seul but, qu'un seul objectif : imposer à la Présidence une personnalité plus conforme aux attentes de l'Etat français. Alassane Ouattara, un ami de longue date de Nicolas Sarkozy et ancien Premier Ministre, faisait office de candidat idéal.

 

Inutile alors de rappeler à nos lecteurs l'épisode ubuesque des élections de la fin de l'année 2010 : l'alliance contre-nature d'Henri Konan Bédié (HKB) et d'Alassane Ouattara (ADO), la prise de contrôle par le RHDP (coalition regroupant les partis de HKB et d'ADO) de la Commission Electorale, le trucage des élections dans le nord (certaines régions ont atteint le score stalinien de 97% en faveur de la candidature d'Ouattara), les déclarations à l'emporte-pièce du représentant des Nations Unies au pays du cacao, les incantations françaises appelant la communauté internationale à bouter Gbagbo hors de la Côte d'Ivoire... Avec une grille de lecture des événements comme celle évoquée ci-dessus, rien n'apparaît surprenant, à ceci près qu'il semble désormais indubitable que la France est revenu à une gestion on-ne-peut-plus coloniale des affaires africaines. En contradiction avec la rupture prônée par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne de 2007, la politique étrangère de la France s'apparente de plus en plus à celle mise en oeuvre par Jacques Foccard dans les années 60. Avec la complicité active de l'ONU et des Etats-Unis, l'Etat Français n'a reculé devant rien pour imposer son poulain à Yamoussoukro, pas même des milliers de morts innocentes et des dizaine de charniers.

 

L'épuration ethnique est en marche en Côte d'Ivoire. A chaque village conquis, à chaque localité asservie, une légion de maraudeurs sans foi ni loi armée par la France (on a pu voir des hommes de Ouattara ceints de FA-MAS, un fusil de fabrication hexagonale) se livre à des vengeances systématiques sur une population du Sud qu'elle juge détenir le pouvoir depuis bien trop longtemps. Chiens fous lâchés à la conquête d'Abidjan, ils s'abreuvent de pillages et se nourrissent de rapines. Même l'ONU et Amnesty International s'en indignent dans leurs rapports. Depuis son Hôtel du Golf, Alassane Ouattara et Guillaume Soro contemplent leur oeuvre diabolique et se préparent au triomphe. Sur les boulevards d'Abidjan, les blindés français patrouillent et abattent chaque homme qui ressemblerait de près ou de loin à un supporter de Laurent Gbagbo. L'ONUCI ravitaille les troupes de Ouattara en munitions et en vivres. Sur les ondes et devant nos écrans, la propagande de RFI, France 24 et TV5 Monde tourne sans relâche. Le monde avance, le monde est aveugle.

 

Alors ce soir, ayons une pensée. Oui, ayons juste une brève pensée pour toutes ces ivoiriennes et tous ces ivoiriens, qui, en plus d'avoir été dépossédé de leur souveraineté, payent de leur vie la soif de pouvoir de leurs dirigeants et la duplicité de la communauté internationale. Ce soir, songeons aux pères fondateurs des Nations Unies, qui ont cru bâtir un monde meilleur en créant cette organisation sur les décombres encore fumants de la Seconde Guerre Mondiale, et qui ont vu leurs idéaux foulés aux pieds par leurs successeurs. Ce soir, arrêtons nous enfin un instant, juste un instant, pour admirer le courage des innombrables partisans de Laurent Gbagbo qui, jusqu'au bout, se battent pour que la grandeur de la Côte d'Ivoire perdure. Si Laurent Gbagbo vit peut-être ses « derniers jours en tant que chef d'Etat » comme l'affirme Alain Juppé, ceux de Nicolas Sarkozy semblent eux aussi comptés à la tête de la France, tant sa politique fut indigne de sa fonction. Mais, plus encore, nul doute que les quatre mois de résistance acharnée de Laurent Gbagbo auront démontré au monde que l'Afrique ne veut plus de ce néo-colonialisme abject et qu'elle était prête à se battre pour conserver son indépendance. L'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara ne se déroulera pas sans heurts et tant qu'il n'aura pas renoncé à la magistrature suprême, la guerre civile sera pérenne.  Alors, oui, ce soir, en tant qu'africains, nous sommes fiers des ivoiriens. Ce soir, nous sommes tous des ivoiriens.

 


 

Publié dans EDITORIAL

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Rodrigue 04/04/2011 00:33


"les blindés français patrouillent et abattent chaque homme qui ressemblerait de près ou de loin à un supporter de Laurent Gbagbo"...Vraiment? Le responsable de ce site laisse publier des
cochonneries de cette nature?
L'auteur de cet article fera mieu de rejoindre la RTI, la ou l'intoxication a atteint son paroxysme.